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Appel Urgent (Mars 2016) - Province du Xinjiang (CHINE)

1.664.900 km2, littéralement « Nouvelle frontière » originellement peuplée de musulmans turcophones (Ex Turkestan oriental), peu à peu submergée par le pouvoir central et l’ethnie majoritaire Han

« Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu »
(Mat 5 :8)

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Intervenir avant le 07/04/2016

ILHAM TOHTI a été détenu au secret et n’a pas été autorisé à s’entretenir avec ses avocats pendant près de six mois au début de sa détention provisoire. Il a été privé de nourriture pendant 10 jours et ses pieds ont été entravés pendant plus de 20 jours. A l‘heure actuelle, ce professeur d’économie rattaché à l’institut des nationalités de Pékin purge une peine de réclusion à perpétuité à prison n°1 de la région pour avoir exprimé des idées « dépassant » les limites de la liberté d’expression. Arrêté à son domicile à Pékin le 15 janvier 2014, il a été déclaré coupable de « séparatisme » le 23 septembre 2014, à l’issue d’un procès politique marqué par de nombreuses irrégularités de procédures, notamment l’absence d’avocats.
Des extraits de ses cours, enregistrés à l’université, ont été présentés lors de son procès, et plus tard, diffusés à la télévision d’État, afin de le décrire comme un séparatiste ayant fomenté des tensions interethniques. Les déclarations extorquées sous la contrainte à sept étudiants, arrêtés en même temps que lui, ont servi d’éléments à charge. en décembre 2014 ces étudiants ont été condamnés à des peines de trois à huit ans d’enfermement, pour les mêmes motifs que M. Tohti.
A la fois membre du PCC et fondateur du site web « ouigour online », Ilham Tohti critiquait ouvertement la politique du gouvernement central notamment vis à vis des Ouïghours, en matière de planning familial, par exemple. Victimes de discriminations dans les domaines de l’emploi, de l’éducation et du logement, ceux-ci voient leur liberté religieuse entravée et se trouvent écartés de la scène politique. Cependant M. Tohti refusait tout recours à la violence et s’efforçait d’instaurer un dialogue entre différents groupes ethniques, conformément au prescrit de la Constitution de la République populaire chinoise (RPC).
Son procès a eu pour toile de fond des attaques violentes et la répression de manifestations au Xinjiang. À la suite d’une précédente vague de troubles en 2009, Navi Pillay, alors haut-commissaire des Nations unies, exhortait les autorités à« réfléchir aux causes de ce genre d’évènements, par exemple la discrimination et les manquements au devoir de protection des droits des minorités ».
Aujourd’hui des universitaires et intellectuels du monde entier appellent le président Xi Jinping à libérer Ihlam Tohti sans condition, soulignant que l’émergence d’une société multiethnique harmonieuse [ permettra ] d’apaiser les tensions interethniques. La réclusion de l’intellectuel ouïgour vise à intimider un groupe ethnique tout entier, alors que celui-ci, dans son ensemble, n’est pas radicalisé et n’entretient aucun lien avec des terroristes !

Liberté criminalisée

Les autorités ont accru les restrictions déjà très lourdes qui pesaient sur la pratique de l’islam dans la région. Tout désaccord exprimé par les Ouïghours est présenté comme une démonstration d’extrémisme religieux, un acte de terrorisme international ou atteinte à la sécurité nationale.
La notion de subversion ou celle de divulgation de secrets d’État -des dispositions du Code pénal bien nébuleuses- servent à réduire au silence les militants et à restreindre leurs droits, dont celui à un procès public. Si M. Tohti a pu bénéficier en pointillé d’une assistance juridique, à l’inverse d’autres affaires impliquant « des secrets d’États », la presse et les diplomates étrangers ont été bannis des audiences. Par ailleurs, à l’instar des étudiants, il aurait été victime de mauvais traitements. C’est que, si de nombreuses lois renforcent l’interdiction de la torture établie par le Code pénal chinois (articles 247 et 248), les actes interdits ne correspondent que partiellement aux définitions du droit international. Les pouvoirs discrétionnaires accordés aux autorités judiciaires par le code de procédure pour poursuivre les tortionnaires, multiplient en fait les occasions de recours aux mauvais traitements.
Les intellectuels chinois sont fréquemment emprisonnés. Internet est étroitement surveillé et les lois de janvier 2007 octroyant une plus grande liberté aux journalistes étrangers, ne s’appliquent pas aux nationaux qui, eux, se trouvent soumis à un contrôle renforcé.

Le statut particulier du Xinjiang

Les autorités ont prétexté le déferlement de violences de 2008-2009, pour poursuivre quelque 1200 « terroristes » présumés pour atteinte à la sûreté de l’Etat.
En définitive, Pékin est parvenu à coloniser les marches du pays, à telle enseigne que le rapport démographique entre Han et musulmans turcophones, majoritairement Ouïgoures, s’est modifié. L’Etat central y assure son emprise non seulement par un contrôle rigoureux des pratiques religieuses, -par exemple le port de la barbe ou du voile sont interdits, ainsi que la fréquentation des mosquées par les fonctionnaires et mineurs-, mais encore par sa présence envahissante. Par ailleurs, plusieurs condamnés à mort avec sursis ont été exécutés au Xinjiang en 2008. Pourtant, dans la plupart des provinces chinoises, ce type de condamnation est, en cas de bonne conduite durant deux ans, commué en réclusion à perpétuité. Le Xinjiang est, avec le Tibet, la seule région où des personnes sont encore exécutées pour crime politique.
L’appareil central, toujours soucieux de consolider ses frontières, considère toute échauffourée comme relevant du terrorisme islamique et indépendantiste. Les organisations ouïgoures en exil soulignent de leur coté que la violence trouve sa source dans la répression de la minorité de confession musulmane par les autorités de la RPC. La condamnation pour séparatisme d’Ilham Tohti, constitutionnaliste modéré et opposé à la violence, est l’illustration de l’implacable stratégie du gouvernement.

Peine de mort : oui
Torture : oui

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