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Appel du mois (Fevrier 2016) - TURQUIE

SANCTIONS COLLECTIVES ARBITRAIRES EN TURQUIE

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Intervenir avant le 08/03/2016

De l’offensive en zone kurde

L’offensive du gouvernement turc contre le Mouvement de la jeunesse patriotique révolutionnaire (YDG-H), section du PKK, se manifeste par l’imposition de couvre-feux permanents et l’interruption des services publics. Ce siège infligé aux civils, confinés chez eux sans accès à des vivres et à des services essentiels, met en danger la vie des habitants des villes et quartiers kurdes de Cizre, Sirnak, Sur, Silopi, Diyarbakir et Elazığ (entre autres). Les forces armées, invoquant des raisons de sécurité, empêchent les ambulances de pénétrer dans ces zones afin de dispenser des soins aux malades. Ainsi un habitant de Silopi (province de Şırnak), sous couvre-feu permanent depuis le 14 décembre 2015, a gardé chez lui le corps en décomposition de l’un de ses proches avant de pouvoir l’inhumer. Des familles ont été privées d’eau pendant 20 jours et d’électricité 15 jours en décembre, avant qu’elle ne soit rétablie de manière inattendue, mais intermittente.
Depuis le 19 janvier, le couvre-feu est restreint. Mais des images de Silopi filmées depuis montrent des habitations, commerces et infrastructures ravagés, les approvisionnement en électricité et en eau (acheminée par camions citernes), presque paralysés. Les denrées alimentaires manquent. La traque du groupe armé YDG-H qui se poursuit dans la localité voisine de Cizre et dans le district de Sur (Diyarbakır), et les « black- outs » en vigueur jour et nuit, achèvent d’asphyxier la ville.
Le 23 janvier, 28 personnes se sont réfugiées au sous-sol d’un immeuble, certaines grièvement blessées. Ne pouvant quitter les lieux en raison de pilonnages incessants, quatre d’entre elles auraient succombé à leurs blessures faute de soins, à quelques encablures du centre-ville et d’établissements médicaux. Le 25, une requête a été déposée devant la Cour européenne des droits de l’homme en leur nom pour obtenir une mesure provisoire obligeant les autorités à assurer des soins d’urgence.

Rafles et guerre d’embuscades

Depuis juillet 2015, le processus de paix entre le gouvernement et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) se trouve dans une impasse. Plus de 162 civils – des femmes, de jeunes enfants et des vieillards – auraient été tués dans le cadre de l’offensive contre le YDG-H. Le 13 janvier, un attentat du PKK devant le siège de la police de Çınar, dans la province de Diyarbakır, a tué un policier et cinq civils, dont deux jeunes enfants. 39 personnes ont été blessées.
En face, la police et l’armée ripostent à l’artillerie lourde, sans égard pour les zones d’habitation. Loin des sites d’affrontements avec les forces de sécurité, des tirs causent la mort de nombreux civils. Mais toutes les enquêtes sont au point mort.
Les autorités interdisent ces zones aux observateurs indépendants (associations d’avocats ou ONG), tandis que ceux qui dénoncent les atteintes aux droits humains font l’objet de menaces, d’enquêtes pénales et d’autres formes de harcèlement. Ainsi, le 9 janvier, le parquet a ouvert une information judiciaire contre l’animateur du Beyaz show et son invité pour « propagande en faveur d’une organisation terroriste », parce que ce dernier appelait les spectateurs à témoigner de la dévastation qui frappe les civils dans le sud-est. Fait encore plus inquiétant : le harcèlement judicaire de quelque 1400 universitaires et la détention soudaine de vingt d’entre eux. Les propos du Président Erdoğan, qui a dénoncé “une cinquième colonne” terroriste, suggèrent que la répression s’étendra à tout détracteur des campagnes gouvernementales. Surnommés les académiciens de la paix, les signataires de la pétition « Nous ne serons pas les complices de ce crime » se retrouvent bel et bien dans le collimateur de la justice et accusés « de remettre en cause la nation turque”.
***
Le 28 novembre 2015, le bâtonnier de la province de Diyarbakir, membre de l’organisation turque des droits de l’homme IHD, Tahir Elçi, qui appelait le gouvernement à cesser les violences et les destructions, était assassiné.
Yavuz Binbay, originaire de Diyarbakir, est le fondateur d’un centre de réhabilitation pour les victimes de torture, SOHRAM, qui assiste les réfugiés de Syrie (2,5 millions à ce jour !). Selon lui, de juillet à septembre, le gouvernement aurait exécuté 1964 « terroristes » tandis que 8 000 personnes, dont un quart de mineurs, se trouvaient fin novembre en garde à vue. 4 500 autres condamnées et incarcérées.

Veuillez adresser la lettre ci-jointe aux autorités dont l’adresse se trouve sur la lettre. Affranchir à 0,79€ (Belgique) et à 1,45€ pour la Turquie.

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