Pour un monde sans torture ni peine de mort !
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Méditation pour le vendredi Saint (3 avril 2015)

Le Christ du côté de tous les souffrants.
Jésus donne sens à la croix, de sorte que tous les hommes qui connaissent cette situation de souffrance, de honte, où d’anéantissement, puissent trouver Jésus à leur côté. (Enzo Bianchi)

C’est un jour sévère que le Vendredi saint, pour les chrétiens. Un jour capable d’isoler de façon tragique la passion et la mort de Jésus d’avec sa résurrection.

Car, lorsque les chrétiens vont à leur Seigneur, ils sont toujours reconduits à l’unique événement de la passion-mort-résurrection. Mais aujourd’hui, c’est la passion, qui culmine dans la mort, que l’on médite, que l’on pense, que l’on célèbre : c’est la croix qui domine la liturgie de son ombre et qui, en s’imposant, ne renvoie à la résurrection que comme espérance, comme attente.

Voilà bien la singularité, la spécificité de la foi chrétienne : avoir au centre de son message le Seigneur crucifié et reconnaître, dans la crucifixion de Jésus de Nazareth, le récit qui manifeste avec le plus d’éloquence qui est Dieu.

Jésus meurt dans l’infamie

Ainsi Jésus meurt en croix, subissant ce qui était pour les Romains "un supplice très cruel et horrible" (Cicéron) et qui était pour les juifs, tout comme la pendaison, le signe de l’excommunication de l’impie, la malédiction du blasphémateur, comme en témoigne la Torah : "Maudit celui qui est pendu au bois" (Deutéronome 21, 23 ; cf. Galate 3, 13).

Jésus, à la différence du Baptiste, ne meurt pas comme un martyr, mais bien comme un excommunié et un maudit, comme aime à le dire Paul, qui se vante de prêcher Jésus-Christ crucifié, scandale pour les hommes religieux et folie pour les sages du monde grec (cf. 1 Corinthiens 1, 23).

La croix, oui, la croix est le signe de cette mort infamante de Jésus. Elle est aussi le récit de sa solidarité avec les pécheurs, de son abaissement jusqu’à la condition de l’esclave humilié, "jusqu’à la mort, à la mort sur une croix" (Philippiens 2, 8).

La Croix, bonne nouvelle pour les pécheurs

Mais la croix ne doit toutefois pas prévaloir sur le Crucifié ! Ce n’est pas la croix, en effet, qui rend grand qui y est pendu. C’est précisément Jésus qui rachète et donne sens à la croix, de sorte que tous les hommes qui connaissent cette situation de souffrance et de honte, de malédiction et d’anéantissement, puissent trouver Jésus à leur côté.

Oui, la réalité de toute croix est une énigme que Jésus fait devenir mystère : dans un monde injuste, le juste ne peut qu’être rejeté, persécuté, condamné.

Lorsque l’on sait lire la passion et la mort de Jésus, on est obligé de la comprendre comme un événement de "gloire" pour Jésus : la gloire de qui a donné sa vie pour les hommes, la gloire de qui a aimé jusqu’à la fin, la gloire de qui meurt condamné pour avoir cherché à raconter, à travers son existence, que Dieu est miséricorde, qu’il est amour.

S’il est un lieu où Jésus a rendu Dieu "bonne nouvelle", s’il est vrai qu’il l’a "évangélisé", c’est précisément sur la croix : bonne nouvelle pour tous les pécheurs !

Aujourd’hui, Vendredi saint, les chrétiens recueillent dans l’image du Crucifié, de l’Agneau innocent, toutes les victimes de l’histoire, les agneaux tués par les loups. Les chrétiens sont appelés en ce jour à apprendre à soutenir le scandale de la croix, sans rejeter les fautes sur l’autre, sûrs que la croix de chaque juste met en évidence une raison pour laquelle il vaut la peine de donner sa vie.

Et nous, membres de l’ACAT, ce jour-là, nous pensons tout spécialement à tous nos frères prisonniers, torturés de quelque manière que ce soit, ou exclus du domaine des humains. Nous prions pour eux tous, sans oublier aussi leurs tortionnaires, demandant à Dieu d’ouvrir leur cœur, leur intelligence afin que la lumière du Ressuscité puisse y entrer, y faire un jour sa demeure et transformer tout le mal réalisé en pouvoir de faire le bien et de devenir une autre personne, marquée par le Christ qui, à l’image de Paul, devient toute sa vie défenseur de ses frères et témoin de la Bonne Nouvelle apportée par le Christ à tous les hommes.

[Méditation proposée par Janette Chambonnière]

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