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Appel urgent (Avril 2018) - BURUNDI

10 ANS DE PRISON POUR TROIS DÉFENSEURS APRÈS UNE MASCARADE DE PROCÈS

« Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent, il redresse tous les accablés. » Ps 144 13cd-14

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Intervenir avant le 08/05/2018

Ce 8 mars, Aimé Constant
Gatore
, Marius Nizigama et Emmanuel Nshimirimana de l’ONG « Paroles et actions pour le réveil des consciences et l’évolution des mentalités »(PARCEM) ont été condamnés à 10 ans d’emprisonnement et 200 000 Francs burundais d’amende (environ 90 €) pour « atteinte à la sécurité intérieure de l’État » par le tribunal de Grande instance de Muramvya. L’audience initialement prévue le 12 mars a été avancée de quatre jours sans que la défense n’en soit avisée, si bien que les trois condamnés et leurs avocats n’étaient pas présents à l’audience lors de laquelle les juges ont prononcé le verdict.
Messieurs Nshimirimana, Gatore et Nizigiyimana, à qui leur condamnation a été notifiée le 9 mars, avaient été arrêtés en juin 2017 dans la province de Muramvya, en possession de documents concernant l’organisation d’un atelier national sur les violations des droits de l’homme.
Les autorités les ont accusés d’inviter exclusivement des membres de partis d’opposition –autant de « lanceurs d’alerte », mais aucun membre du parti au pouvoir, le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD). Pour l’autorité judiciaire, ces trois défenseurs, en ne travaillant qu’avec l’opposition, ont cherché à perturber la sécurité du pays. Leur procès pour « atteinte à la sécurité intérieure de l’État » s’est ouvert le 1er décembre 2017. Les trois défenseurs ont été condamnés en dépit de l’absence totale de preuve tangible.
Cette condamnation est un nouveau signal adressé à la société civile burundaise. Dorénavant, le régime ne tolère plus la moindre activité indépendante. PARCEM était en effet la dernière ONG indépendante autorisée au Burundi.

Contexte

En moins de trois ans, le Burundi a replongé dans une crise politique majeure. C’est que le président Nkurunziza veut, avec son clan, garder à tout prix le pouvoir et ses sinécures lucratives : l’argent, sa gestion et la mainmise politique sur l’appareil d’État, quitte à entraîner le pays dans le chaos.
En 2005, le Parlement élit Pierre Nkurunziza, à la tête de la République. En 2010, cet ancien rebelle hutu est réélu face à une opposition divisée. En mars 2014, les députés refusent de modifier la Constitution pour supprimer la limitation des mandats présidentiels. Les conseillers du président contrent alors que le premier mandat est nul, vu que M. Nkurunziza a été élu indirectement, par le Parlement. Le 25 avril 2015, quand M. Nkurunziza annonce se représenter à l’élection présidentielle, la jeunesse de Bujumbura manifeste massivement. La police et la milice pro-gouvernementale Imbonerakure la réprime sans états d’âme. Tous les partis d’opposition et la majorité des organisations de la société civile appellent à la mobilisation citoyenne pacifique pour faire échouer la dérive totalitaire. Effrayé de la vitalité d’une société civile qui combat pour le respect des Accords d’Arusha, le régime cherche à affaiblir, voire anéantir ses opposants et profite de l’échec du coup d’État du 13 mai 2015 et de la chasse aux militaires dissidents pour décimer la plupart des médias indépendants. La quasi-totalité des défenseurs des droits de l’homme sont contraints de quitter le pays. Face à cette dérive, la communauté internationale ne s’accorde pas sur les mesures à prendre. Le scrutin présidentiel se tient le 21 juillet 2015. Le 20 août, M. Nkurunziza est investi pour un nouveau mandat. Petit à petit, les manifestants pacifiques, écrasés par la répression sanglante, laissent la place à ceux qui ont des armes et des revendications plus belliqueuses contre le régime répressif. La violence s’aggrave : assassinats ciblés, arrestations, tortures, attentats et disparitions forcées. Après environ deux ans de conflit de basse intensité, le régime, à force de répression et de contrôle draconien, parvient à circonscrire la menace militaire armée. Mais à quel prix ? Le pays est économiquement exsangue et la société civile indépendante a disparu. La population vit dans la peur ; quelques 400 000 Burundais ont fui le pays. Pour permettre à Pierre Nkurunziza de briguer un quatrième mandat en 2020, il est nécessaire de modifier la constitution. Un référendum aura donc lieu en mai prochain !

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