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APPEL URGENT Mars 2019 EGYPTE
« Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » Mc 4,9
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Ecrire avant le 09-04-19

Répression des libertés et arbitraire


Arrêtée le 11 mai 2018 pour la publication sur Internet d’une vidéo soulignant l’inaction des autorités dans la lutte contre le harcèlement sexuel, Amal Fathy est restée en détention provisoire 8 mois en 2018. Elle commençait à montrer des signes de dépression aiguë, sa jambe droite était paralysée, quand elle a été libérée le 27 décembre et placée en résidence surveillée. Elle est condamnée le 30 à deux ans de prison pour « publication de fausses nouvelles menaçant la sécurité nationale », « possession de contenus indécents » et « insulte publique envers l’État ». On l’accuse aussi d’ « appartenance à un groupe terroriste » pour sa participation au mouvement de la jeunesse du 6 avril, lame de fond de la société civile prônant la démocratie et la justice sociale lors de transition post révolutionnaire. Après le coup d’état et le massacre de Rabaa en 2013, la répression frappe les militants. Amal se fait plus discrète. Elle épouse Mohamed Lotfy, directeur de la Commission égyptienne pour les droits et les libertés. Lauréat du prix franco-allemand des droits de l’Homme et de l’État de droit en 2018, il est persuadé que les poursuites à l’égard de son épouse visent son ONG, qui suit particulièrement les disparitions forcées. A ce titre, il subit de nombreuses pressions, dont une plainte contre lui pour sa récente rencontre avec M. Macron au Caire.

⁂ ⁂


Le 22 avril 2018, des membres de l’Agence de sécurité nationale, ont fait irruption chez Rami Sidky : il était impliqué dans la production d’une chanson insultante envers le président al-Sissi. Le 24, le chanteur de 33 ans, accompagné d’un avocat, s’est enquis auprès de la sécurité nationale des raisons de sa visite, laquelle a rétorqué (évasivement) qu’il était autorisé à voyager librement. Cependant, le 5 mai, de retour de Beyrouth où il s’était produit avec son groupe, Rami sera interpellé à l’aéroport du Caire et ne pourra contacter ses proches qu’après plus de 24 heures de détention au secret. Le 27 mai, il est transféré à la prison de Tora, au Caire, et sa détention n’a cessé d’être renouvelée depuis lors. Le 9 février 2019, un juge a prolongé sa détention provisoire de 45 jours. Lui et quatre coaccusés sont poursuivis à cause de la chanson satirique « Balaha ». Traduit en langage juridique pour« appartenance à un groupe terroriste » et « outrage envers le président ». Les autorités avaient promis la relaxe rapide du prévenu. Or neuf mois plus tard, la détention provisoire de Rami continue à être renouvelée.
Entre 2011 et 2013, Rami a joué aux cotés de l’interprète « Balaha », puis a fondé en 2015 « Jimi and the Saint ». Prudent, le rocker se garde de tout commentaire politique et axe ses textes sur des questions sociales. Mais, à l’approche de l’élection présidentielle de mars 2018, la chanson « Balaha » diffusée sur YouTube devient immédiatement virale, suscitant l’ire des autorités.

« Un coup d’état constitutionnalisé »

Depuis la reprise du pouvoir par les militaires, l’Égypte connaît une dégradation très préoccupante des droits humains. Si la Révolution du 25 janvier 2011 avait fait naitre l’espoir d’un pays plus respectueux de l’état de droit, l’establishment militaire, utilisant habilement les failles du régime, a gardé la main sur les affaires et empêché tout pouvoir démocratique de s’établir. La situation a basculé le 14 août 2013 lorsque les forces de sécurité, sous le commandement du Général Abdelfattah al- Sissi, massacrent les partisans du président Morsi sur les places de Rabaa et Ennahda au Caire, faisant entre 800 et 1000 morts. Dès lors le régime s’attaquera à toute opposition : d’abord aux Frères musulmans, un « groupe terroriste », puis aux autres mouvements politiques démocratiques ou laïcs. Très vite, al-Sissi s’impose : homme fort de l’Égypte, il est élu en 2014, puis en 2018 avec 97% des voix. Une modification de la Constitution lui permettrait de rester au pouvoir jusqu’en 2034, l’armée devenant la garante de la démocratie, de la constitution et du caractère civil de l’État, autorisée à intervenir dans la vie politique, par exemple contre des résultats électoraux « menaçant la démocratie ». Les militaires s’en prennent aussi aux médias indépendants ainsi qu’aux activistes et défenseurs des droits humains. Parallèlement, les actes de terrorisme explosent et le régime y répond par toujours plus de répression : arrestations arbitraires, torture, procès inéquitables, condamnations à morts et exécutions, disparitions forcées deviennent courants entraînant encore plus de radicalisation.

Égypte
Régime République dirigée par Abdelfattah al-Sissi
Superficie 1 001 450 km 2
Population 94 798 827 hab.
Capitale Le Caire
Peine de Mort OUI
Torture OUI
Conventions ratifiées L’Egypte a ratifié la Convention contre la torture de l’ONU ainsi que le Pacte relatif aux droits civils et politiques (ICCPR)