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APPEL URGENT Juin 2019 CAMEROUN

Samedi 8 juin 2019, yaoundé : malgré l’interdiction de manifester, des militants du mrc battent le pavé de la capitale pour demander la libération des prisonniers politiques affiliés à leur parti, dont leur leader Maurice Kamto (photo)

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Écrire avant le 09-07-19

La police réprime. Des dizaines de personnes sont interpellées. Une semaine auparavant, la police a usé de gaz lacrymogène, de jets d’eau et de matraquages. Au moins 350 manifestants arrêtés, trois personnes blessées grièvement, dont une passée à tabac en garde à vue ...
Une centaine de militants du MRC ont été libérés depuis. En réalité, parce que le MRC conteste les résultats de l’élection présidentielle d’octobre 2018 et que sa popularité risque de porter préjudice au régime, notamment lors des élections législatives de 2020, les autorités tentent de le neutraliser en en emprisonnant les dirigeants : Maurice Kamto, président, Mamadou Mota, vice-président, Biloa Effa, Dr Apollinaire Oko, Michèle Ndoki, Christian Penda Ekoka, Paul-Éric Kingue, Albert Dzongang, Célestin Djamen, Alain Fogue, Gaston Abe Abe, sont inculpés devant la justice militaire sur la base de la loi contre le terrorisme. La dérive autoritaire se renforce au Cameroun : l’État, qui s’est enfermé dans une logique de répression systématique, ne respecte plus les lois ni les conventions et traités internationaux, regardant les inquiétudes de la communauté internationale comme une ingérence, voire du néocolonialisme destiné à évincer le président en place (au pouvoir depuis 37 ans).

Contexte

Le communiqué de presse de l’ACAT Cameroun

En avril 2008, les députés, majoritairement issus du parti au pouvoir (Rassemblement démocratique du peuple camerounais, RDPC) votent plusieurs projets d’amendements à la Constitution de 1996, ouvrant la voie à une présidence à vie de M.Biya. L’article 6 prévoyait que le président était « renouvelable une fois ». Avec l’amendement, il devient « rééligible ». Paul Biya peut ainsi postuler à la présidentielle de 2011, et aux suivantes. Un nouvel article de la Constitution officialise également l’immunité du chef de l’État, au cas où la Justice s’intéresserait à lui à la fin de son mandat.
Ces modifications n’ont pas fait l’objet de contestations. Guère étonnant ! En février 2008, les forces de l’ordre avaient réprimé dans le sang des manifestations transformées en émeutes de populations principalement urbaines et jeunes, criant leur mécontentement face la cherté de la vie, le manque d’avenir et le projet de réforme constitutionnelle permettant au vieux président de rester. Les tirs à balles réelles des forces de l’ordre avaient causé plus de cent morts ; une quarantaine, selon les autorités, et uniquement par « légitime défense ». Plus de 700 jeunes avaient été arrêtés et condamnés à des amendes, ou à des peines de prison de manière expéditive. Somme toute, plus personne n’était prêt à manifester en avril 2008 contre l’avènement de la« démocrature » du Cameroun !

La « Démocrature »camerounaise

En octobre 2011, Paul Biya a été réélu, pour un 6è mandat à la tête d’un un pays miné par le marasme économique, la corruption, et verrouillé par la répression. Dans l’Extrême-Nord, particulièrement délaissé par les autorités, des milliers de jeunes ont commencé à rejoindre Boko Haram- groupe terroriste nigérian - qui leur promettait un meilleur avenir : argent, biens, femmes, etc. En décembre 2014, cédant à la pression internationale, le Cameroun déclare la guerre au groupe. Une confrontation entre les Forces de défense et de sécurité camerounaises et les combattants de Boko Haram – qui pratique attentats-suicide, attaques de villages et exécutions sommaires- s’ensuit. A laquelle succède une répression féroce du gouvernement contre toute personne liée à Boko Haram. Nouvelle série d’exécutions sommaires, tortures, disparitions forcées... L’Extrême-Nord du Cameroun devient zone de non-droit. En octobre 2016, les Camerounais anglophones ont commencé à manifester pacifiquement, dans les régions du Nord et Sud-Ouest, pour faire reconnaître les droits spécifiques attachés à leur langue. Les autorités ont répondu par la répression, si bien que la contestation, loin de s’apaiser, se durcit de jour en jour. Les régions anglophones aujourd’hui restent en proie à un conflit de basse intensité où des séparatistes armés contrôlent des régions entières et harcèlent les soldats camerounais.
En octobre 2018, Paul Biya a été réélu pour un 7è mandat à l’issue d’un scrutin non démocratique. Le MRC a contesté les résultats et indiqué que Maurice Kamto était le réel vainqueur de la présidentielle. Le parti d’opposition a aussi publiquement réclamé le recomptage minutieux des voix, une réforme du système électoral, et un dialogue inclusif pour résoudre les crises multiformes affectant le pays. Bien en vain. Le pouvoir en place, se sentant menacé par le MRC, a décidé de le neutraliser avec des arrestations massives suivies d’une judiciarisation des détentions. Objectif de cette répression : empêcher le MRC d’asseoir sa popularité naissante dans la perspective des futures législatives.
(ACAT – France)

Cameroun
Régime République République dirigée par
Paul Biya (au pouvoir depuis 1982)
Superficie 475,442 km 2
Population 22.25 millions hab.
Capitale Yaoundé
Peine de Mort Oui, par pendaison ou peloton d’exécution
Torture OUI
Conventions ratifiées Le pays est partie au PIDCP et à la Convention contre la Torture de l’ONU et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIRDCP).