Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture

Ce que j'ai vécu ...

Le langage humain n’est pas capable d’exprimer ce qu’éprouve une personne soumise à la torture. Etre torturé, c’est mourir. A chaque séance de torture, c’est mourir à nouveau... Les bourreaux ont appris scientifiquement à détruire ta personnalité. Ainsi la torture sera raffinée. Premièrement ton corps sera nu. ils vont t’ordonner de te mettre à nu et tu vas obéir... Tu étais préparé à recevoir des coups, maintenant tu es confronté à une situation inconnue.., tu vas vivre une expérience que jamais tu n'aurais pu prévoir ni imaginer. C’est alors que tes cris viennent d’au-delà de la douleur.

(Récit d’un homme qui a subi pendant des mois des tortures atroces)

Merci !

Votre carte est arrivée comme une grande surprise. Cela m’a réconforté de savoir qu’il y a des personnes vivant si loin d’ici et qui pourtant prennent souci de moi...
Vous le savez, je suis dans le "couloir de la mort. C’est un endroit où je ne souhaite à personne de vivre. Cinq personnes ont été exécutées depuis que je suis là. Et des crimes continuent d’être commis. C’est sûr la peine de mort n'est dissuasive que pour le condamné à mort qui ne commettra plus de crime.’

Fred, 26 ans, Condamné à mort en 1981 - Etat du Missouri, USA

Un système global mûri collectivement

«J’ai eu d’un coup, en mars 1957, en Algérie, au cours d’audiences officielles au plus haut échelon des hiérarchies politiques et militaires, l’affreuse certitude qu’il ne s’agissait nullement d’aberrations individuelles, mais bien d’un système global, dont on ne sait plus très bien qui est officiellement responsable, et qui s’impose avec une force apparemment irrésistible par delà les consciences personnelles. Système mûri collectivement, organisé avec un affreux souci d’efficience; honteux de lui-même mais acharné à se maintenir.»

Général de Bollardière, 
sanctionné pour avoir dénoncé la pratique de la torture par l’armée française pendant la guerre d’Algerie

Qui a tué Pedrinho?

«Pedrinho toussait à l’intérieur du refuge en carton, au-dessous de l’autoroute de Sao Paulo (Brésil), où ses compagnons de rue ne savaient que faire. Survint la diarrhée, sa peau se dessécha puis se délita et laissa des plaies ouvertes. Quand nous l’avons rencontré, Pedrinho était si déshydraté que la soif était devenue insupportable. Sa toux malmenait les muscles de son faible coeur. Peu à peu, sa vie s’éteignit... Je me demandais: qui a torturé Pedrinho ? Qui l’a tué? Ses tortionnaires s’appellent "structures injustes", "sous-développement" et tuent, chaque heure, 1 500 enfants devant nos yeux effrayés et impuissants.»

Luis Ferez Aguirre, jésuite et enseignant, 
fut arrêté et torturé par l’armée uruguayenne pour "activités subversives" 
il consacre sa vie aux enfants et aux prostituées des rues de Montevideo

Je n’ai rien dit...

«Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif. Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai rien dit je n’étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher.
Et il ne restait personne pour dire quelque chose.»

Pasteur Martin NiernôIer

L’opinion publique internationale m’a fait sortir de prison

«Quand les premières lettres arrivèrent, les gardes me rendirent mes vêtements. Puis 200 autres lettres arrivèrent et le directeur de la prison vint me voir. Après un nouveau paquet de lettres, le directeur se mit en rapport avec ses chefs. Les lettres n’arrêtaient pas d’arriver:il y en a eu plus de3000. Le Président de la République fut informé. Les lettres continuèrent et le Président appela la prison et leur dit de me relâcher.»

Julio de Pena Valdez, 
dirigeant syndical de la République Dominicaine, 
arrête et torture en 1975.

Comme une main fraternelle à travers les murs

«C’est dans les camps perdus de l’immensité russe, derrière de hautes palissades, des barbelés et des grillages électrifiés, quand le silence assourdi dans la suite infinie des jours anonymes transformait le temps en torture, quand mon corps était rongé par la faim, ma chair s’engourdissait de froid et la souffrance errait dans mon sang, quand il me semblait que le monde indifférent m’avait déjà enterré, quand j’étouffais de désespoir en ces moments terribles, dans le froid glacé des cachots, j’ai senti physiquement vos prières me réchauffer de leur souffle de larmes et de compassion. Cela a été comme le contact chaleureux d’une main fraternelle qui aurait écarté les barbelés et traversé les murs sinistres.»

Alexandre Ogorodnikov, 
arrêté pour avoir animé un cercle d’études religieuses en Russie, 
condamné à 11 ans de camp et libéré quelques mois après cette lettre.

«Pour nous, chrétiens d’Afrique, l’ACAT est un lieu d’espérance»

«J’ai toujours pensé que les droits humains étaient au coeur de l’Évangile. Or, l’Afrique a connu les violations les plus flagrantes des droits humains et toute son histoire est une histoire d’injustice. L’impunité y a été érigée en règle, à tous les niveaux, et la peur s’y est installée. C’est l’ACAT, dès 1986, qui m’a aidé à secouer ces peurs et ces inerties. Mais il m’a fallu attendre le processus de démocratisation dans mon pays pour fonder, en 1993, l’ACATCameroun. En trois ans, nous avons déjà obtenu la libération de plusieurs prisonniers politiques et avons proposé des sessions de formation aux droits de l’homme pour les militaires et les policiers. Pour le réseau de l’ACAT-Afrique, dont je suis responsable depuis un an, nous venons de lancer une campagne de lutte contre l’impunité.»

Norbert Kenne, pasteur, délégué Fi.ACAT-Afrique

«Au Mexique, l’ACAT combat le non sens»

«Dans mon pays, la lutte pour le pouvoir va jusqu’à la pratique systématique de la torture. La rencontre de personnes brisées par la force du pouvoir a provoqué chez moi un tel non sens, que je me suis lancée, en 1993, alors que j’étais encore étudiante, dans le projet ACAT. Ma foi et mon souci de l’autre ont trouvé là leur champ d’expression. Nous avons commencé par rédiger des appels urgents au sein d’un petit groupe d’étudiants puis, avec quelques professeurs, nous avons développé des projets plus importants. Nous voulons maintenant unir les efforts des ONG, des Églises et des professionnels engagés dans les universités ou les institutions de santé, pour combattre la torture, former des militants, mener des procès et réhabiliter les victimes. L’appui de la FIACAT est précieux pour le suivi des cas au niveau international et pour se sentir moins vulnérable face aux autorités de notre pays».

Irinda Riquelme, fondatrice de I’ACAT-Mexique.

Mettre fin aux menaces de mort

«Notre plus fort appui»

«La tâche que réalise l’ACAT est le plus fort appui que nous recevons actuellement et elle doit continuer, comme toute action destinée à sauver des enfants. Les lettres que vous envoyez ont été mentionnées oralement dans le jugement de la junte militaire.»

Mme de Mariani, 
présidente des "Grands-mères de laPlace de Mai, 
Buenos Aires,1988.

«J’ai choisi de refuser la haine»

Dorothéa B. Moorefield, une mère dont le fils aîné, Rick, avait été assassiné en 1976 par un voleur, s’était opposée, treize ans plus tard, à la Condamnation à mort et à l’exécution du coupable. «Nous n'arrêterons pas la violence qui nous entoure si nous n’apprenons pas à aimer, à comprendre et à aider ceux qui vivent dans la pauvreté, ceux qui n’ont pas d’avenir. Il faut commencer par aimer les enfants en leur apprenant à aimer les autres et à s’aimer eux-mêmes et en leur inculquant le respect de la vie humaine. C’est seulement en reconnaissant le droit sacré à la vie que l’on peut pleurer ceux qui l’ont perdue. En envoyant un criminel à la mort, on ne fait que dévaloriser le prix de la vie humaine. Je ne peux accepter cela. La vie de mon fils avait trop d’importance.»

Déclaration universelle des droits de l’homme, proclamée par les Nations-Unies le 10 décembre 1948:

Article 3: «Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne».
Article 5 : «Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants».
Article 9 : «Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé».

Convention de Genève, proclamée le 12 août 1949:

Art. 17 : «Aucune torture physique ou morale ni aucune contrainte ne pourra être exercée sur les prisonniers de guerre pour obtenir d’eux des renseignements».

Les Églises: une position qui évolue

Le catéchisme de l’Église catholique, publié par Jean-Paul Il en 1992, reconnaissait «le bien-fondé du droit et du devoir de l’autorité publique légitime de sévir par des peines proportionnées à la gravité du délit, sans exclure dans des cas d’une extrême gravité la peine de mort» (art. 2266). Cette non-condamnation absolue de la peine de mort, quelques lignes seulement avant la réaffirmation de l’interdiction de l’avortement et de l’euthanasie, a provoqué de nombreuses réactions. Si bien qu’aujourd’hui, une révision de cet article est en cours, à la lumière de l’encyclique Evangelium Vitae (1995) qui rappelle que «la vie humaine est sacrée et inviolable».Pour sa part, le Conseil Œcuménique des Églises affirmait, en 1990, son opposition inconditionnelle à la peine capitale et demandait à tous les Etats de l’abolir, rappelant qu’« en ôtant une vie humaine, l’État usurpe la volonté de Dieu ».

Comment se déroule une exécution capitale ?

Le condamné attend dans le "couloir de la mort" depuis près de dix ans. La date et l’heure de son exécution lui ont été précisées la veille. Il a aussitôt été transféré dans la cellule d’observation après qu’on lui ait retiré tout ce qu’il possède. Le rite de l’exécution va commencer: il sait que nul ne peut l’affronter sans être terrorisé.
Le prisonnier arrive les mains liées dans le dos, et entre dans une cage en verre. Quelques membres de sa famille sont venus. Ils ne se sont pas vus depuis des années. Le contact physique n ‘est jamais permis.
Dernier voyage jusqu’au lieu d’exécution. Ses mains et ses pieds sont attachés. Les gardiens dans le fourgon sont équipés d’armes puissantes.
Dernière douche, il enfile chemise et pantalon bleus. Dernier plateau-repas. On lui prend ses empreintes digitales puis il est à nouveau enfermé dans une cellule étroite où il peut rencontrer l’aumônier de la prison.
Dans la chambre d’exécution il est attaché sur une table, On place des aiguilles dans ses veines. Derrière des barreaux, quelques proches, la famille des victimes, les autorités et la presse.
La solution létale est injectée. Le condamné meurt, par asphyxie, au bout de 8 à 15 minutes.

 

Comme des personnes déjà mortes !

«Je me suis rendu compte que tous nous éprouvions l’impression pénible d’être oubliés, abandonnés ou, pire encore, qu’on ne pensait plus à nous, que le monde entier nous ignorait. Nous étions comptés comme des personnes déjà mortes, d’un passé qui n’intéresse plus personne.  Quand je suis arrivé en France, en 1984, j’ai fait connaissance avec l’ACAT et je me suis rendu compte que nous n’étions pas oubliés, nous n’étions pas abandonnés.»


Père Tan, Vietnamien, professeur de séminaire. Il a passé sept ans en prison et en camps de rééducation

 

© Acat Belgique francophone